Catégories

Promotions

Le Hoodoo : introduction

Publié le : 10/04/2018 18:39:33
Catégories : Hoodoo et magie


Oncle Ben, auteur (entre autres œuvres) du « Grand livre du Hoodoo », est l’importateur du Hoodoo Louisianais en France. Il l’a transmis en restant fidèle à son apprentissage sur place, en Louisiane, avec de vrais praticiens et sans en dénaturer l’enseignement.

Ayant achevé son œuvre en formant de nombreux praticiens, il a choisi de se retirer de la scène médiatique pour laisser la place à la prochaine génération.

Afin de rester fidèle au Hoodoo et à ses maîtres (Bonnie & Clyde, Madrina Maria, Mlle Morgana, Bob Cheramie, Bayou Steve), il a décidé de rendre sa tradition disponible gratuitement sur le site www.cielether.com.

Introduction

Le Hoodoo ; son histoire, son vocabulaire, son concept

Avant-propos


Je commencerai par une introduction simple, pour dire que le Hoodoo que je connais est celui de la Louisiane. C’est pour cela que j’utilise plus facilement le terme « Magie louisianaise ». J’ai été initié à cette pratique (par l’enseignement et non par une passation de pouvoir comme pour la wicca traditionnelle) par mon Minos/Grand-Prêtre qui pratique cette magie depuis bientôt 35 ans. Le Hoodoo que je connais est le Hoodoo pratiqué par mon Grand-Prêtre lui-même, celui pratiqué dans le sud de la Louisiane et à la Nouvelle-Orléans.


Il existe autant de pratiques Hoodoo que de praticiens, chacun développant ses techniques après avoir appris les bases. Il existe plusieurs « branches » de Hoodoo : le Hoodoo louisianais, le Hoodoo mississippien, le Hoodoo georgien, le Hoodoo tennesséen, etc. Ces branches peuvent varier d’une région à une autre (selon l’influence reçue), mais les principes de base restent les mêmes.


Bien qu’une partie de ses origines vienne d’Afrique, le Hoodoo est aussi une magie partiellement européenne. Il est la preuve que les traditions de plusieurs peuples peuvent coexister et se mêler. Le Hoodoo est devenu la magie des métis, symbole de la Louisiane et des autres lieux de métissage du nouveau monde, où l’Europe, l’Afrique et l’Amérique des Amérindiens unissent leurs forces afin de prendre le meilleur (en magie) de chaque culture. Vous serez sans doute confrontés, dans ce livre, à des tournures de phrase qui vous paraîtront étranges. Ces formules ayant été traduites du créole louisianais, souhaitant garder l’essence d’origine des phrases, je m’excuse par avance pour ce qui peut apparaître comme des barbarismes ou des anglicismes. Cette intégration du vocabulaire et du « parler créole et cajun » fait partie de l’apprentissage Hoodoo.


Le but de ce livre est d’offrir aux français un ouvrage complet et pratique sur le Hoodoo. Mon objectif est de faire connaître cette magie à la fois puissante et simple. Une magie née d’une fusion de cultures et de peuples, et dont la nature est l’étude de ceux-ci.

Un peu d’histoire et de vocabulaire



Le Hoodoo, aussi appelé Conjure (Conjurer), RootWorking (Travail de la racine), ou bien Root Doctoring (Docteurer une racine) et prononcé « Houdou », est un mélange de magie populaire (folk spirituality / folk magic) provenant d’Afrique, d’Europe, et d’Amérique précolombienne, né dans le Nouveau Monde. Le Hoodoo possède quelques principes et pratiques spirituelles similaires à la Folkway (voie populaire) haïtienne, jamaïcaine et néo-orléanaise (Nouvelle-Orléans). Selon de nombreux folkloristes et anthropologues, le Hoodoo (originel) serait né dans le delta du Mississippi, lieu géographique où il y eut une forte concentration d’esclaves noirs, durant la période esclavagiste au U.S.A. (1619-1865). Le Hoodoo s’est ensuite répandu tout le long du Mississippi, avant de se développer dans les états voisins au début du XVIIIe siècle.

Le Hoodoo est une pratique en constante évolution, soumise à un continuel syncrétisme par le contact avec d’autres cultures, religions, et folkways. La pratique du Hoodoo utilise massivement les figures bibliques. En effet, beaucoup de praticiens du Hoodoo intègrent les pratiques populaires chrétiennes. Ainsi, des icônes de saints chrétiens sont souvent présentes sur les autels des praticiens du Hoodoo.
Le mot Hoodoo est né, ou du moins fut rendu populaire, en 1875. Il est considéré comme un nom (la pratique du Hoodoo), mais également comme un verbe transitif : « Je te Hoodoo ». Dans l’African American Vernacular English (ou Dictionnaire de l’anglais populaire des Afro-américains), le terme Hoodoo est souvent utilisé pour décrire quelque chose de paranormal, de spirituel, de magique ou en lien avec l’hypnose. Enfin, le mot Hoodoo est aussi employé comme adjectif : un homme Hoodoo, cette chandelle Hoodoo.

Certains praticiens aiment utiliser des phrases telles que « Je suis un homme Hoodoo », « avec mon Hoodoo », « je te Hoodoo » (I’m a Hoodoo Man, with my Hoodoo, I Hoodoo you), avec pour effet un petit côté « langage schtroumpfs ». De nos jours, les synonymes employés pour Hoodoo sont : Conjuration, Conjure, Conjureur, Magie, Magicien, Magicienne, Sorcellerie, Sorcière, Sorcier ou bien RootWork / Rootworker.

Le Hoodoo était initialement destiné aux Afro-américains. Sa pratique s’est étendue à la population pauvre (amérindiene, cajune). Son but était d’aider cette population à accéder à des forces surnaturelles lui permettant d’améliorer sa vie. Le Hoodoo est né du besoin d’attirer vers soi la chance dans de nombreux domaines (amour, argent, santé). Comme dans toutes les pratiques spirituelles et médicales populaires, l’utilisation d’herbes, de minéraux, de parties d’animaux, d’objets personnels et de fluides corporels (menstruations, urine, salive, sperme, etc.) est présente.

Une pierre angulaire du Hoodoo est le contact avec les ancêtres et autres esprits des morts. En effet, cette pratique très importante fait partie des méthodes traditionnelles des Conjures. Les morts aident les vivants dans leur cheminement.

La récitation de psaumes bibliques est également considérée comme une partie importante de la pratique Hoodoo, car on considère que le pouvoir spirituel d’une personne peut affecter les événements. Les principes du Hoodoo sont accessibles à tout individu ayant la foi (chrétienne). De ce fait, la pratique du Hoodoo ne requiert aucune forme de ministère religieux, aucun prêtre, etc.

Les poudres, les Mojo Hands, les huiles et les talismans faits-main forment la base des pratiques Hoodoo rurales. Mais, depuis les années 60, le Hoodoo rencontre un grand succès commercial aux U.S.A. et au Mexique, et beaucoup de compagnies comme Anna Riva, Indio Products ou Lucky Mojo sont nées. Elles ont généré une grande variété de produits de Hoodoo destinés aux praticiens urbains, n’ayant pas la chance de pouvoir facilement trouver tel ou tel ingrédient. Appelés spiritual supplies, ces produits (souvent fabriqués à la chaîne à l’aide de colorants et/ou parfums artificiels) incluent des herbes, racines, chandelles, encens, poudres, huiles, Floor Wash (savon à laver le sol), sachets, cristaux pour le bain, statues, aérosols et même eaux de Cologne et miels spécialisés. En plus des produits classiques, ces compagnies ont aussi breveté des « médicaments » (médecine parallèle), vendent des cosmétiques, des nettoyants pour maison et d’autres produits ayant les propriétés magiques attribuées aux plantes, herbes, saints et autres. Ces produits sont destinés aux non-initiés et à toute personne voulant jeter un sort rapidement, sans connaissance magique. Certains produits ont un double usage, magique et conventionnel, et sont commercialisés par les mêmes entreprises : le vinaigre des quatre Voleurs, l’eau de Floride / eau de Cologne, etc.



Le Hoodoo : un système conceptuel



Le Hoodoo tire ses origines des pratiques religieuses et culturelles d’Afrique de l’Ouest. Dans cette pensée traditionnelle, le but premier de tout humain est d’atteindre l’équilibre. En effet, cette culture est centrée sur la nature, incluant la nature humaine. De ce fait, l’humain doit rechercher le bien-être par la dévotion au suprême Créateur et au panthéon des autres divinités, la vénération et les sacrifices faits aux ancêtres, etc.


Dans cette culture, les Africains reconnaissent l’idée qu’un être suprême asexué (appelé Mawu dans le Voodoo) aurait créé le monde. Cet être ni bon, ni mauvais, ne s’intéresse pas aux affaires des humains. Il aurait chargé les esprits (Law dans le Voodoo) des relations avec les humains. Ils invoquent donc ces petits esprits afin qu’ils les aident dans tous leurs problèmes.


Depuis le XIXe siècle, le Hoodoo est influencé par le christianisme. En effet, le Dieu créateur des traditions africaines, d’où le Hoodoo tire son origine, fut assimilé par les esclaves au Dieu unique des blancs.


La philosophie Hoodoo dit que chaque acte que nous faisons, en bien ou en mal, est lié au plan divin ; les concepts de providence divine et de justice rétributive sont parmi les règles principales de cette pratique. En effet, la croyance manichéenne (le bien contre le mal) est très ancrée dans le Hoodoo, de même que le principe de survie (n’oublions pas que le Hoodoo vient d’une culture centrée sur la nature). Ainsi, tuer un homme (par la magie) qui vous cause du tort n’est pas considéré comme un acte nécessairement mauvais.


Bien que la providence divine soit une règle essentielle du Hoodoo, elle n’en est pas pour autant l’unique règle. En effet, dans le Hoodoo, Dieu est l’archétype du Hoodoo Doctor (Docteur Hoodoo) : il peut aider à la guérison du corps, de l’âme, de l’esprit ou porter secours socialement. Mais selon les Hoodoo-men, Rootworkers et Hoodoo Doctors, plusieurs figures bibliques possèdent également cette aura de Hoodoo Doctor, et sont utilisées aux mêmes fins. Ainsi, il est normal de demander de l’aide à Moïse ou à Jésus pour certaines pratiques, puisqu’ils sont, pour les Hoodoo Doctors, un archétype d’eux-mêmes. Les Hoodoo Doctors considèrent par exemple Moïse comme une version hébraïque de Hoodoo Doctor. Il serait même, pour certains, un des premiers Hoodoo Doctors. Prise de ce point de vue, la Bible devient une source de sortilèges et conjurations, qui font d’elle un talisman de protection.


Le Hoodoo prétend que la Bible est le plus grand livre de conjurations jamais écrit dans le monde. Il est vrai que pour un praticien Hoodoo, la Bible est utilisée de multiples manières. Une des premières utilisations est l’emploi de la Bible comme source de sorts et d’envoûtements. C’est particulièrement évident quand on observe l’importance du livre des Psaumes dans la culture Hoodoo. Les psaumes peuvent tout résoudre : soigner les maux de tête, permettre un voyage serein, améliorer une relation, etc. En plus d’être utilisée comme source de sortilèges, et donc comme un grimoire à part entière, la Bible est également considérée comme un talisman de conjuration. Elle permet de se protéger d’un croisement (envoûtement), elle est utilisée lors des invocations des esprits et lors des rituels de protection. Enfin, la Bible est aussi utilisée en divination. Pour cela, il convient de lire le psaume 37 puis d’ouvrir la Bible au hasard et de lire le passage où le doigt s’est arrêté. La Bible sert donc de ressource au Hoodoo, que le praticien soit juif, musulman, païen ou agnostique.


Mais depuis quelques décennies, sous l’influence des différentes branches néo-païennes, le Hoodoo se « paganise », et les pratiques bibliques ont finalement été réduites à de simples associations d’idées : Bible = histoire, personnage biblique = personnage historique. Ainsi, les dévotions aux saints ne se font plus à des êtres divins, mais plus simplement à des esprits d’êtres humains décédés, pour ceux qui travaillent avec les esprits des morts. Quant aux autres, travaillant avec les esprits de la terre ou du ciel, ils choisissent de substituer à ces saints des divinités en lien avec leur croyance (mythologie), car ils voient dans ces saints des « avatars » de ces dieux, même si les résultats ne s’avèrent pas très stables.



Le Hoodoo, une religion ?



Beaucoup de praticiens Hoodoo s’accordent à dire que le Hoodoo n’est pas une religion. En effet, nous pouvons constater, dans le Hoodoo, l’absence d’une théologie solide, de rites de dévotion et de cultes à des divinités, ainsi que d’une doctrine et d’une morale. Bien que l’utilisation de la Bible fasse partie intégrante des pratiques Hoodoo, celle-ci n’oblige en aucun cas le Hoodoo-man à croire en Dieu, dans le sens catholique/chrétien du terme. En effet, les Psaumes de David ou le Cantique des Cantiques peuvent être interprétés de mille et une manières. Le terme « Seigneur » peut faire référence au Dieu chrétien, mais tout aussi bien au Dieu musulman, à Mawu du Voodoo, au dieu cornu des néo-païens, etc. Il ne faut pas oublier que les Psaumes et le Cantique des Cantiques font partie de l’Ancien Testament, dont la partie la plus ancienne concerne un temps où le peuple juif n’était pas monothéiste. Ainsi le psaume 110 (utilisé notamment pour provoquer la paix entre deux ennemis) dit :
Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied.
L’Éternel étendra de Sion le sceptre de ta puissance : domine au milieu de tes ennemis !
Ton peuple est plein d’ardeur, quand tu rassembles ton armée ; avec des ornements sacrés, du sein de l’aurore ta jeunesse vient à toi comme une rosée.
L’Éternel l’a juré, et il ne s’en repentira point : tu es sacrificateur pour toujours, à la manière de Melchisédek.
Le Seigneur, à ta droite, brise des rois au jour de sa colère.
Il exerce la justice parmi les nations : tout est plein de cadavres ; il brise des têtes sur toute l’étendue du pays. Il boit au torrent pendant la marche : c’est pourquoi il relève la tête.
Comme vous pouvez le constater, le psaume peut être lu et utilisé par tous. Le nom d’Éternel est utilisé pour désigner toute divinité créatrice. Le terme biblique « Sion » désigne à la fois des lieux géographiques et tout ce qui personnifie la présence et la bénédiction de Dieu. En ce qui concerne Melchisédek, ce nom signifie « roi de justice » et désigne un personnage qui apparaît dans l’histoire d’Abraham. Il est considéré comme un roi juste et sage qui provoque la paix. Dans ce psaume, son nom est cité, car nous souhaitons utiliser son énergie, sa mémoire, son esprit dans notre prière pour apporter la paix : « Tu es sacrificateur […] à la manière de Melchisédek. »

Lorsqu’un praticien Hoodoo utilise les saints et d’autres personnages bibliques, c’est essentiellement pour leur vie historique, leur puissance à aider les humains. Les Hoodoo-men d’aujourd’hui n’ont que faire des divinités chrétiennes, juives, musulmanes ou païennes. Ce qui compte pour eux, ce sont les esprits des humains qui ont foulé cette terre, et dont l’appui pourrait les aider dans leurs œuvres.

Beaucoup de praticiens Hoodoo voient en Moïse un conjureur (un Hoodoo Doctor). Pour assoir son pouvoir et libérer son peuple, Moïse utilisa des stratagèmes et des interventions paranormales (et notamment magiques) lors de sa confrontation avec Pharaon. Ces conjurations ou miracles, comme changer son bâton en serpent, sont un des nombreux exemples qui font que beaucoup de Hoodoo-men considèrent Moïse comme un Hoodoo Doctor. De plus, toujours selon la Bible, Moïse utilisa cette magie, cette conjuration (conjure), son pouvoir, afin de libérer son peuple (les Hébreux) de l’esclavage. Ce lien entre le Moïse libérateur et le peuple afro-américain qui était à la recherche de liberté, fit de Moïse un des personnages emblématiques du Hoodoo, et l’un des esprits les plus utilisés pendant de longues périodes.

Le Hoodoo que l’on connaît aujourd’hui est né au Nouveau Monde, dans les communautés d’esclaves du Détroit du Mississippi. L’effort des catholiques (français), ainsi que des protestants (anglais), à vouloir convertir les esclaves, et l’envie des esclaves de conserver leur culture, créa une fusion entre les cultures et croyances africaines, françaises et anglo-saxonnes. Le Hoodoo puise sa force dans ces trois cultures, dans la façon dont elles fonctionnent. La mixité sociale permit aux praticiens Hoodoo d’intégrer des pratiques amérindiennes. Ainsi, le Hoodoo que l’on connaît sous le nom de Hoodoo de la Nouvelle-Orléans n’aurait pu exister sans ces apports culturels.

Beaucoup de praticiens Hoodoo ont une culture et une religion différentes du christianisme. En effet, certains sont païens, d’autres musulmans, certains suivent les pratiques traditionnelles des natifs américains, mais tous ont un lien en commun : le Hoodoo et sa structure magique.



Hoodoo et Voodoo, quelle différence ?



Comme nous pouvons le constater, le Hoodoo tient ses origines d’Afrique de l’Ouest et possède des liens évidents avec le folklore de cette région. Le Vodum (Voodoo d’Afrique) est plus standardisé, possédant un rite d’initiation et une cosmogonie précise, ce qui diffère nettement du Hoodoo.

De plus, le Vodum possède différentes branches. Celui pratiqué en Afrique de l’Ouest diffère de celui pratiqué en Amérique où les Loas (esprits du Vodum) furent fusionnés, assimilés avec les saints catholiques romains.

Malgré une utilisation commune des saints catholiques, le Vodou d’Haïti, le Voodoo de Louisiane, et le Vudú de Puerto Rico, Cuba et la République Dominicaine, ont plus de liens avec le Vodum d’Afrique de l’Ouest que le Hoodoo.

Partager ce contenu